Acta Ingesta

Compte-rendu du Comité de Nutrition

Ingesta

Numéro 1

Sous-nutrition chez les femmes en situation d’obésité

Des femmes assises lisant des brochures d’information (image générée par IA).
Photo : générée par IA (Creative Commons)

Cette étude souligne le lien entre l’obésité chez les femmes en Guadeloupe et des carences notables en nutriments essentiels, tels que les AGPI, les AGMI, les fibres et l’iode. Elle révèle également un apport excessif en glucides simples, et ce malgré un apport énergétique total inférieur aux recommandations de l’EFSA, mettant en lumière la coexistence de l’obésité et de la sous-nutrition.

Mots-clés

Adaptation métabolique, AGPI, AGMI, apports alimentaires, carences nutritionnelles, EFSA, fibres, Guadeloupe, iode, macronutriments, micronutriments, obésité, recommandations alimentaires, saccharose, sous-nutrition, surpoids, vitamine D, vitamine E.


Résumé

Contexte

L’obésité est une préoccupation croissante de santé publique à l’échelle mondiale, et l’apport alimentaire joue un rôle crucial dans sa gestion.

Objectif

Cette étude vise à évaluer l’apport en nutriments des femmes en situation de surpoids ou d’obésité en Guadeloupe (FR, RUP-UE) et à identifier les écarts par rapport aux recommandations nutritionnelles de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA).

Conception

L’étude, menée de février à septembre 2024, adopte un design transversal.

Cadre de l’étude

L’étude a eu lieu au Centre Médical Fiona, une clinique médicale générale axée sur les soins ambulatoires à Capesterre-Belle-Eau, Guadeloupe, Antilles françaises.

Participants

L’étude a impliqué 40 femmes en situation de surpoids ou d’obésité, âgées de 19 à 72 ans, recrutées par références médicales.

Interventions

Leurs apports nutritionnels ont été évalués via un enregistrement alimentaire sur trois jours, où la consommation alimentaire, y compris les tailles de portions, a été documentée et vérifiée par une diététicienne certifiée.

Mesure principale des résultats

La comparaison des apports nutritionnels des participantes aux recommandations de l’EFSA s’est concentrée sur l’énergie totale, les macronutriments et les micronutriments.

Analyse

Un test T pour un échantillon a été utilisé pour vérifier si les apports nutritionnels déviaient significativement des normes de l’EFSA. Les résultats ont été évalués avec un seuil de signification alpha de 0,05, garantissant une puissance suffisante (0,80) pour détecter des différences.

Résultats

L’étude a mis en évidence des déficits en énérgie totale, sous le niveau des besoins métaboliques de base, et des carences en certains macronutriments (comme les acides gras polyinsaturés et monoinsaturés, les fibres) et micronutriments (iode, potassium, vitamines D et E). Par contre, une consommation excessive de glucides simples a été observée.

Conclusion et implications

Le déséquilibre nutritionnel, combiné à des apports énergétiques insuffisants par rapport iaux besoins métaboliques de base souligne la coexistence de l’obésité et de la sous-nutrition, remettant en question la notion traditionnelle de l’obésité comme simple résultat d’une consommation calorique excessive. Les résultats mettent en avant un schéma de carences et d’excès nutritionnels, impliquant de mauvaises habitudes alimentaires, telles que le saut de repas, une préférence pour les boissons et les produits sucrés, une consommation fréquente de fruits tropicaux et d’aliments riches en amidon, et une consommation limitée d’aliments riches en acides gras insaturés. Cela souligne la nécessité d’interventions diététiques ciblées.

Abréviations

  • AR : Apports recommandés par l’EFSA
  • AS : Apports spontanés
  • AGMI : Acides Gras Monoinsaturés
  • AGPI : Acides Gras Polyinsaturés
  • BM : Besoin Moyen
  • CIQUAL : Base de Données Française sur la Composition Nutritionnelle des Aliments
  • DER : Dépense énergétique au repos
  • DMN : Dispositif Médical Numérique
  • EFSA : Autorité Européenne de Sécurité des Aliments
  • ETP : Éducation Thérapeutique des Patients
  • FNDDS : Base de Données sur la Composition Nutritionnelle des Aliments aux États-Unis
  • FAO : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
  • INCAP : Institute of Nutrition of Central America and Panama
  • IMC : Indice de Masse Corporelle
  • NAP : Niveau d’Activité Physique
  • RUP : Région Ultrapériphérique
  • SR Legacy : Base de Données sur la Composition Nutritionnelle des Aliments

Introduction

Les recherches ont largement établi le rôle des apports alimentaires comme un facteur significatif influençant le risque d’obésité. Selon les études, la nutrition contribue à un tiers des cas de cette affection, ainsi que du diabète de type 2 et de certains types de cancers. [1] [2] Aux États-Unis, les femmes afro-américaines affichent des taux d’obésité et de surpoids parmi les plus élevés de toutes les populations, avec environ 4 femmes afro-américaines sur 5 concernées par ces conditions. [3] En Guadeloupe, une région ultrapériphérique de l’Union européenne dans les Antilles françaises et un département français d’outre-mer, environ un adulte sur deux est en situation de surpoids et un tiers de la population souffre d’obésité. Ces chiffres soulignent l’urgence d’examiner de manière approfondie les habitudes alimentaires et les apports nutritionnels dans cette région. Les statistiques sanitaires sont particulièrement préoccupantes, avec 10 % de la population diagnostiquée diabétique et environ 40 % souffrant d’ hypertension, ce qui excerbe les préoccupations en matière de santé publique. [4] Par ailleurs, la région connaît également une transition nutritionnelle qui modifie considérablement les habitudes alimentaires, affectant les résultats de santé de la population. [5] En particulier, les femmes en Guadeloupe présentent un indice de masse corporelle (IMC) presque deux fois supérieur à celui des femmes dans l’Hexagone. [6] De plus, 50 % des femmes de la région montrent des signes d’obésité abdominale, ce qui aggrave les risques pour leur santé. [7] Enfin, des études récentes ont également mis en évidence des signes de sous-nutrition chez les personnes âgées, renfor les inquiétudes concernant la malnutrition dans la région. [8]

Profil des 40 participantes : âge de 19 à 72 ans (moyenne 52 ans, ± 12,45) ; taille moyenne 1,64 m ; poids moyen 98,25 kg (± 13,73) ; IMC moyen 36,52 kg/m² (± 5,23).

Méthode

Étude de cohorte rétrospective

L’étude a été réalisée exclusivement sur données existantes n’impliquant pas la personne humaine (RNIPH) au sens de l’article R.1121-1, II, 3° du Code de la santé publique. Aucune sollicitation, interaction ou collecte additionnelle n’a été effectuée auprès des personnes concernées pour les besoins de la recherche ; l’analyse repose uniquement sur des données et photographies nutritionnelles pseudonymisées préalablement enregistrées lors de l’utilisation standard du dispositif numérique Ingesta®. En conséquence, le protocole est exclu du champ des RIPH et ne nécessite pas la saisine d’un CPP (les avis CPP ne s’appliquant qu’aux RIPH) ; le traitement est encadré par la méthodologie de référence MR-004.

Population source

L’étude porte sur l’analyse rétrospective d’une cohorte d’usagères du Centre Médical Fiona. L’extraction des données a ciblé une population ayant bénéficié d’un suivi nutritionnel via le dispositif, permettant d’accéder à des données historiques consolidées. La stratégie de sélection reposait sur un échantillonnage ciblé des dossiers complets correspondant aux critères d’inclusion de poids moyen de 98,25 kg (± 13,73). L’indice de masse corporel (IMC) été calculé selon la formule standard en divisant le poids corporel (en kilogrammes) par le carré de la taille (en mètres), soit la formule suivante : IMC = poids (kg) / taille² (m²). Les participantes ont été classées en deux catégories en fonction de leur IMC : surpoids (n = 7) et obésité (n = 33) conformément aux seuils établis : surpoids : IMC compris entre 25 et 29,9 kg/m² ; obésité : IMC égal ou supérieur à 30 kg/m². L’IMC moyen des participantes était de 36,52 kg/m² (± 5,23) correspondant à une obésité de type 2 (sévère).

Réutilisation de Données" (Data Reuse)

Les recherches sur données existantes et préalablement collectées incluait le journal alimentaire avec des informations sur l’âge, la taille, le poids corporel et l’indice de masse corporelle (IMC), et les apports alimentaires des participantes évalués à l’aide d’un carnet alimentaire détaillé sur trois jours.

lors de l’utilisation courante du dispositif les participantes prenaient des photos de chaque aliment, y ou boisson consommé(e), qu’elles envoyaient immédiatement via l’application de messagerie instantanée WhatsApp, accompagnées, si nécessaire, de descriptions détaillées sous forme de messages vocaux ou écrits. Ces descriptions précisaient notamment le type et la marque des aliments, ainsi que les méthodes de cuisson et de préparation.

Afin d’améliorer la précision des mesures, les participantes étaient invitées à utiliser des unités ménagères standard (tasses, assiettes, cuillères à soupe, cuillères à café) pour quantifier et enregistrer précisément chaque aliment et boisson consommé(e).

Cette approche a permis une documentation exhaustive des apports alimentaires sur trois jours. Pour garantir la fiabilité des données, une diététicienne diplômée a analysé l’ensemble des informations collectées : descriptions alimentaires, modes de préparation, marques, horaires de consommation et quantités.

Enfin, la composition en macronutriments et micronutriments, ainsi que les apports énergétiques totaux, ont été évalués à l’aide d’Ingesta®, un DMN intégrant plusieurs bases de données sur la composition nutritionnelle (Ciqual, EuroFir, FNDDS, SR Legacy, USDA-GBFP, INCAP, FAO-Latin Foods, et d’autres), permettant ainsi de prendre en compte les spécificités des plats et aliments des Antilles françaises.

Besoins Moyens (BM)

Les Besoins Moyens (BM) ont été calculés selon les recommandations de l’EFSA pour la population de femmes adultes âgées de 50 à 59 ans.

Ce choix vise à obtenir une estimation plus représentative des tendances centrales. Les participantes présentaient une large dispersion des âges, variaient de 19 à 72 ans. Afin de limiter l’influence des valeurs extrêmes, l’ âge médian de 54 ans (± 13,73) a été retenu pour le calcul des BM. Contrairement à la moyenne, la médiane est moins affectée par les écarts importants par les participantes les plus jeunes (19 ans) ou les plus âgées (72 ans), offrant ainsi une mesure plus représentative de l’âge typique de ce groupe.

Niveau d’activité physique

Pour cette population, nous avons retenu le Niveau d’activité physique (NAP) le plus bas défini par l’EFSA, soit 1,4, correspondant à un mode de vie peu actif ou sédentaire. Ce niveau reflète une routine quotidienne majoritairement composée d’activités impliquant peu de mouvements physiques, telles que s’asseoir, s’allonger pendant de longues périodes ou effectuer des tâches légères, comme travailler en position assise, regarder la télévision ou utiliser des écrans pendant plusieurs heures, marcher très peu ou rester debout de manière minimale tout au long de la journée. L’activité physique ou les mouvements vigoureux sont quasi inexistants dans ce mode de vie.

Evaluation des apports alimentaires

Lorsque les données étaient insuffisantes pour établir les Besoins Moyens (BM), un Apport Adéquat (AA) a été utilisé. Ce dernier représente un niveau moyen de nutriments basé sur les observations ou les expériences de l’EFSA, conçu pour répondre aux besoins nutritionnels de la population.

L’étude a évalué les apports alimentaires des participantes en réalisant une analyse statistique, comparant leur consommation moyenne de nutriments aux niveaux recommandés. Deux hypothèses ont été testées : l’hypothèse nulle (H₀), qui suggère que l’apport en nutriments des participantes ne diffère pas significativement des recommandations, et l’hypothèse alternative (H₁) qui avance qu’il existe une différence significative entre les apports des participantes et les recommandations établies.

Pour évaluer si l’apport moyen en nutriments des participantes différait de celui attendu selon les recommandations de l’EFSA, l’étude a utilisé des méthodes statistiques inférentielles, notamment un test T pour un échantillon. [9] Ce test permet de déterminer si la moyenne d’un seul échantillon (les apports spontanés des participantes sur trois jours) diffère significativement de la moyenne de la population définie par les recommandations diététiques de l’AFSA.

Un élément clé de cette analyse était la valeur-p, qui indiquait si les différences observées étaient statistiquement significatives.

Un niveau de signification α (valeur alpha) de 0,05 (α = 0,05) a été retenu, ce qui signifie que si la probabilité d’observer ces données sous l’hypothèse nulle est inférieure à 5%, cette hypothèse serait rejetée. Cela validerait l’existence d’une différence significative, pouvant indiquer une carence ou un excès d’un nutriment dans l’alimentation des participantes. Cette approche statistique était essentielle pour identifier d’éventuels déséquilibres nutritionnels au sein de la population étudiée.

Processus de collecte de données alimentaires : suivi mobile, documentation photo, messagerie instantanée, descriptions détaillées et mesures standard.

Résultats

L’analyse de puissance a révélé qu’un échantillon de 40 participantes était suffisant pour détecter des différences significatives dans l’apport en nutriments, en utilisant une puissance statistique de 0,80 et un niveau alpha de 0,05. [11]

Ce niveau de puissance élevé suggère que l’étude disposait d’un effectif adéquat pour identifier d’éventuelles différences nutritionnelles, renforçant ainsi la fiabilité des résultats. Si les différences observées avaient été dues au hasard ou si les résultats n’avaient pas été significatifs, la plupart des valeurs-p auraient été élevées.

Si les apports alimentaires des participantes avaient été conformes aux recommandations de l’EFSA, le test T aurait montré l’absence de variations significatives à analyser. Toutefois, dans cette étude, les valeurs t associées à des valeurs-p inférieures à 0,001 indiquent des résultats statistiquement fiables et significatifs.

Pour une présentation détaillée des résultats, voir le Tableau 1. : Analyse du carnet alimentaire de 3 jours des participantes. Il présente l’analyse détaillée du carnet alimentaire sur trois jours des 40 participantes, incluant les éléments suivants : l’apport moyen en nutriments des participantes, l’écart type moyen (±SD), le pourcentage d’écart par rapport aux recommandations (inférieur ou supérieur), les apports recommandés par l’EFSA, la différence entre l’apport moyen des participantes et les recommandations, la valeur t pour tester la significacité des écarts, la valeur P inférieure ou égale à 0,005 (≤ 0,05) pour rejeter l’hypothèse d’une absence de différence statistique.

L’analyse alimentaire basée sur un carnet de trois jours a mis en évidence plusieurs carences et excès en nutriments par rapport aux recommandations de l’EFSA.

Énergie et macronutriments

Lanalyse des apports nutritionnels a révélé une sous-consommation énergétique globale, avec un apport énergétique total (AET) moyen parfois inférieur de 28,18% par rapport aux recommandations. L’apport moyen était de 5 386,81 kJ/j (1286 kcal/j) avec des valeurs statistiques indiquant une différence hautement significative (valeur t : -9,24, valeur-p : 0 pour les kJ et valeur t : -9,21, valeur-p : 0 pour les kcal).

Concernant les acides gras polyinsaturés (AGPI), on contate un déficit de 51,57% par rapport aux recommandations, avec une moyenne de 6,69 g/j (valeur t : -17,79, valeur-p : 0).

Les acides gras monoinsaturés (AGMI) présentent aussi un déficit de 46,09% avec une moyenne de 15,96 g/j (valeur t : -13,93, valeur-p : 0).

Quant aux fibres alimentaires, l’apport est inférieur de 40,20% aux recommandations, avec une moyenne de 14,95 g/j, bien en dessous des 25g/j recommandés par l’EFSA (valeur t : -10,81, valeur-p : 0).

Bien que l’apport en glucides complexes ait été parfois inférieur de 21,67% aux niveaux recommandés, avec une moyenne de 155,49 g/j (valeur t : -5,68, valeur-p : 0), l’apport moyen en glucides simples était toujours excédentaire à 191,13%, avec une moyenne de 64,05 g/j (valeur t : 11,86, valeur-p : 0).

Minéraux

L’analyse statistique a mis en évidence des insuffisances en plusieurs minéraux essentiels. Les apports spontanés en iode présentaient un déficit de 68,75%, avec un apport moyen de 46,87 µg/j (valeur t : -21,06, valeur-p : 0), fréquemment en dessous du minimum recommandé de 150 µg/j.

De même, les apports spontanés en potassium étaient occasionnellement inférieurs de 35,08%, avec une moyenne de 2273,04 mg/j (valeur t : -10,43, valeur-p : 0).

Les apports spontanés en calcium étaient occasionnellement inférieurs de 31,31%, avec une moyenne de 515,19 mg/j (valeur t : -6,47, valeur-p : 0).

Les apports spontanés en magnésium étaient déficients de 21,09 %, avec une moyenne de 236,72 mg/j (valeur t : -4,34, valeur-p : 0), fréquemment en dessous du minimum recommandé de 300 mg/j.

Les apports spontanés en zinc étaient inférieurs de 21,92 %, avec une moyenne de 6,95 mg/j (valeur t : -7,35, valeur-p : 0).

Vitamines

L’analyse a révélé des insuffisances notables en vitamines essentielles telles que la vitamine D, inférieure de 60,59%, avec une moyenne de 5,91 µg/j (valeur t : -8,40, valeur-p : 0), fréquemment inférieure aux recommandations de 11 µg/j. Les apports en vitamine E étaient inférieurs de 52,28 %, aux recommandations avec une moyenne de 5,25 µg/j (valeur t : -14,59, valeur-p : 0).

Conclusion

Dans l’ensemble, ces résultats montrent que les apports spontanés de la population étudiée sont largement en dessous des recommandations diététiques de l’EFSA, à l’exception des glucides simples, dont la consommation reste excessivement élevée.

Table 1: Analysis of Three-Day Food Records for Participants | Analyse du carnet alimentaire de 3 jours des participantes
Diet composition | composition du régimeObese group | Groupe obèse (n=40)Standard deviationPercentage (%)EFSA (RI/AR)DifferencePercentage (%)T valueP value
Total Energy Intake | Apport Energétique Total [AET]
Joules | Joules (kJ)5386.81(±) 1445.971.82%7500.0-2113.19-28.18%-9.240.0000000
Calories | Calories (kCal)1286.53(±) 345.871.82%1791.2-504.69-28.18%-9.210.0000000
Water | Eau (mL)1814.29(±) 792.190.71%2000.0-185.71-9.29%-1.480.1461460
Macronutrients | Macronutriments (g)
Proteins | Protéines (g)61.87(±) 16.395.42%64.8-2.97-4.58%-1.150.2552328
Complex Carbohydrates | Glucides [Gc] (g)155.49(±) 47.978.33%198.5-43.01-21.67%-5.680.0000015
Simple Carbohydrates | Glucides simples [Gs] (g)64.05(±) 22.4291.13%22.042.05191,1311.860.0000000
Fiber | Fibres [Fib] (g)14.95(±) 5.959.81%25.0-10.05-40.20%-10.810.0000000
Fats | Lipides [L] (g)44.26(±) 15.8112.12%39.54.7912.12%1.910.0630552
Saturated Fatty Acids | Acides gras saturés [AGS] (g)17.19(±) 7.572.58%23.7-6.49-27.42%-5.490.0000026
Monounsaturated Fatty Acids [MUFA] | Acides gras monoinsaturés [AGMI] (g)15.96(±) 6.253.91%29.6-13.64-46.09%-13.930.0000000
Polyunsaturated Fatty Acids [PUFA] | Acides gras polyinsaturés [AGPI] (g)6.69(±) 2.548.43%13.8-7.12-51.57%-17.790.0000000
Cholesterol | Cholestérol [CS] (mg)221.33(±) 88.573.78%300.0-78.67-26.22%-5.620.0000017
Minerals and Trace Elements | Minéraux et oligo-éléments
Sodium | Sodium [Na] (mg)1360.16(±) 645.368.01%2000.0-639.84-31.99%-6.270.0000002
Magnesium | Magnésium [Mg] (mg)236.72(±) 92.378.91%300.0-63.28-21.09%-4.340.0000987
Phosphorus | Phosphore [P] (mg)811.50(±) 207.1162.30%500.0311.5062.30%9.510.0000000
Potassium | Potassium [K] (mg)2273.04(±) 744.364.94%3500.0-1226.96-35.06%-10.430.0000000
Calcium | Calcium [Ca] (mg)515.19(±) 229.568.69%750.0-234.81-31,31%-6.470.0000001
Iron | Fer [Fe] (mg)8.29(±) 2.7127.48%6.51.7927.48%4.200.0001504
Selenium | Sélénium [Se] (µg)73.07(±) 21.1104.38%70.03.074.38%0.920.3642105
Iodine | Iode [I] (µg)46.87(±) 31.031.25%150.0-103.13-68.75%-21.060.0000000
Zinc | Zinc [Zc] (mg)6.95(±) 1.778.08%8.9-1.95-21.92%-7.350.0000000
Vitamins | Vitamines
Retinol, Carotenoids | Rétinol, caroténoïdes [Vit. A] (ug RE)695.16(±) 480.3141.87%490.0205.1641.87%2.700.0101629
Cholecalciferol, Ergocalciferol | Cholécalciférol, ergocalciférol [Vit. D] (µg)5.91(±) 6.839.41%15.0-9.09-60.59%-8.400.0000000
Tocopherols | Tocophérols [Vit. E] (mg)5.25(±) 2.547.72%11.0-5.75-52.28%-14.590.0000000
Ascorbic Acid | Acide ascorbique [Vit. C] (mg)87.84(±) 63.2109.80%80.07.849.80%0.780.4376604
Thiamine | Thiamine [Vit. B1] (mg)1.21(±) 0.9224.59%0.50.67124.59%4.580.0000470
Riboflavin | Riboflavine [Vit. B2] (mg)1.13(±) 0.586.54%1.3-0.18-13.46%-2.150.0378586
Niacin, PP | Niacine, PP [Vit. B3] (mg)18.07(±) 6.1185.34%9.88.3285.34%8.600.0000000
Pantothenic Acid | Acide pantothénique [Vit. B5] (mg)4.72(±) 1.394.43%5.0-0.28-5.58%-1.390.1734357
Pyridoxine | Pyridoxine [Vit. B6] (mg)1.75(±) 0.6134.71%1.30.4534.71%5.010.0000121
Cobalamin | Cobalamine [Vit. B12] (µg)4.14(±) 2.4103.47%4.00.143.47%0.370.0000000
Folates | Folates [Vit. B9] (µg)218.95(±) 83.487.58%250.0-31.05-12.42%-2.350.0237249
Phylloquinone, Menaquinone | Phylloquinone, ménaquinone [Vit. K] (µg)106.89(±) 92.2152.70%70.036.8952.70%2.530.0155862

Discussion

Nous avons identifié des apports spontanés faibles, avec des carences en énergie, et dans plusieurs nutriments essentiels, tels que les acides gras polyinsaturés (AGPI), les acides gras monoinsaturés (AGMI), les fibres, les glucides complexes, l’iode, la vitamine D et la vitamine E, entre autres. En revanche, nous avons constaté des apports spontanés excessifs en glucides simples. Cela met en évidence un schéma d’apports spontanés en nutriments inadéquats dans l’échantillon.

Énergie

Les résultats montrent que les participantes consommeraient, a priori, une ration journalière avec un faible apport énergétique total, même en considérant un NAP bas de 1,4. Cela est surprenant étant donné que l’obésité est généralement associée à une consommation énergétique totale excessive. Pour une personne en situation de surpoids ou d’obésité avec un NAP de 1,4, les besoins énergétiques seraient inférieurs à ceux d’une personne de la même tranche d’âge ayant un mode de vie plus actif, en raison d’une dépense énergétique journalière plus faible découlant d’une moindre activité physique.

Les apports spontanés observés dans l’étude étaient de 5 386,81 kJ/j (± 1 445,94), équivalents à 1 286,53 kCal/j (± 345,76), ce qui est inférieur de 28,18% aux recommandations de l’EFSA.

La médiane du poids réel des participantes (98,25 kg) était de 168,24% de leur poids idéal (58,40 kg), avec un poids ajusté calculé à 70 kg, Leur métabolisme de base (MB) ou dépense énergétique au repos (DER), indiquait une valeur de 5,64 MJ/j, soit 1349 kcal/j.

Le poids idéal a été calculé selon la formule de Lorentz (1929) :

Poids idéal (femme) = T - 100 - [(T - 150)/2,5] (où T représente la taille en cm, le résultat est en kg).

Le poids ajusté a été calculé en utilisant un facteur de 0,3 :

Poids ajusté = poids idéal + [0,3 x (poids actuel - poids idéal)] (avec les poids en kg).

Le métabolisme de base a été calculé selon la formule de Black & Al :

MB (femme) = 0,963 × P (exp. 0,48) × T (exp. 0,5) × Â (exp. -0,13) (où P est le poids ajusté en kg, Â est l’âge médian en années, T est la taille médiane en mètre, et le résultat est en MJ/j).

La DER est la quantité d’énergie dépensée par un individu au repos pour maintenir les fonctions physiologiques essentielles telles que la respiration, la circulation sanguine et la régulation de la température corporelle. Les apports spontanés de 5 386,81 kJ/j (± 1 445,94) sont même inférieurs aux besoins de leur métabolisme de base, ce qui signale soit une sous-déclaration, soit un dysfonctionnement métabolique sévère.

Ce dysfonctionnement pourrait résulter d’une adaptation métabolique, un mécanisme où le corps réduit ses dépenses énergétiques face à une diminution de l’apport calorique. Cette adaptation peut survenir après de nombreux régimes répétés, ce qui amène l’organisme à optimiser son utilisation de l’énergie, paradoxalement entraînant une prise de poids même lorsque l’apport calorique est inférieur aux besoins métaboliques de base. En dégradant les muscles pour puiser de l’énergie, le métabolisme est encore davantage affaibli, menant à une sarcopénie précoce et à une amyotrophie. D’autres facteurs complexes peuvent également influencer cette problématique : les fluctuations hormonales (comme l’hypothyroïdie, la leptine et la ghréline), la composition corporelle des individus en situation d’obésité, avec une proportion élevée de masse grasse par rapport à la masse musculaire, réduisant la capacité à brûler efficacement des calories, des facteurs génétiques prédisposant certains individus à un métabolisme lent ou à une facilité accrue à stocker les graisses. Enfin, des conditions environnementales telles que le manque de sommeil, le stress et des niveaux élevés de cortisol, ainsi que l’exposition à des polluants organiques persistants peuvent contribuer à la prévalence de l’obésité en perturbant le métabolisme. [12] [13] [14]

Par ailleurs, on constate que les calories ingérées par les participantes proviennent principalement des glucides simples, ce qui peut avoir un impact non seulement sur l’obésité, mais aussi sur la qualité nutritionnelle globale, au-delà de la quantité totale de calories consommées. [15]

À cet égard, le Modèle d’Équilibre Énergétique (EBM) et le Modèle Carbohydrate-Insuline (CIM) représentent deux approches distinctes pour comprendre la gestion du poids. L’EBM est fondamentalement ancré dans l’apport énergétique total, mettant l’accent sur l’équilibre entre les calories consommées et les calories dépensées. En revanche, le CIM souligne l’impact de la consommation de glucides et ses effets sur les niveaux d’insuline. [16] Alors que l’EBM met explicitement en avant les calculs caloriques dans la gestion du poids, le CIM suggère que le type et le moment de l’apport calorique, en particulier celui des glucides, sont des facteurs cruciaux influençant la régulation du poids.

Apport en nutriments par rapport aux niveaux recommandés, en % des recommandations : énergie −28,8 ; AGPI −51,57 ; AGMI −46,09 ; fibres −40,20 ; glucides complexes −21,67 ; glucides simples +191,13.

Dans cette étude, la composition des protéines, des lipides et des glucides a été évaluée en grammes plutôt qu’en calories, permettant ainsi une comparaison directe avec les recommandations de l’EFSA.

Plusieurs facteurs pourraient contribuer à cet apport énergétique inférieur aux recommandations, notamment la tendance à consommer moins d’aliments, tout en orientant son choix vers des aliments à haute densité énergétique (HDE) souvent riches en sucres et pauvres en fibres, au détriment d’aliments à haute densité nutritionnelle.

Une part importante des participantes (= 19) a rapporté qu’elles sautaient au moins un repas par jour parmi les trois repas recommandés. De plus, certaines participantes (= 7) ont indiqué ne consommer qu’un seul repas par jour. Ce mode alimentaire a réduit leur apport énergétique global. La réduction de la fréquence des repas limite non seulement l’apport calorique, mais diminue également la disponibilité globale des nutriments. Ces comportements reflètent probablement des habitudes alimentaires qui contribuent à la prise de poids et à un risque accru de surpoids et d’obésité. En soutien à cette , une étude de cohorte portant sur plus de 25 000 individus au Japon a souligné que sauter des repas, en particulier le dîner, est significativement associé à une prise de poids et à un risque accru de surpoids et d’obésité, indiquant que de tels comportements alimentaires peuvent avoir des implications graves pour la santé métabolique. [17]

Dans quelques cas, les participantes ont rapporté adopter des habitudes alimentaires restrictives (= 5), pouvant être liées à des facteurs psychologiques ou à des expériences de régimes antérieurs. Cela peut les amener à limiter leur apport calorique en réponse aux pressions sociétales concernant l’image corporelle, créant une situation paradoxale où l’obésité coexiste avec la sous-nutrition.

Lipides

Le contenu total en graisses reflète la somme de tous les types de graisses présentes dans les aliments consommés, incluant non seulement des graisses saturées, monoinsaturées et polyinsaturées, mais aussi les graisses trans et d’autres types d’acides gras. Dans de nombreux aliments, en particulier les produits transformés, il peut y avoir des quantités significatives de graisses trans. Celles-ci sont incluses dans le total des graisses, mais ne sont pas représentées séparément parmi les acides gras saturés, monoinsaturés ou polyinsaturés.

Acides Gras Polyinsaturés (AGPI)

Les résultats de cette étude indiquent un apport faible en acides gras polyinsaturés (AGPI) parmi les participantes, avec une consommation moyenne de 6,69 g/j (± 2,53). Plusieurs facteurs contribuent à cet apport insuffisant en AGPI. Presque la moitié des participantes (= 16) a rapporté ne pas consommer (= 10), ou consommer très peu (= 6), de produits de la mer, qui sont une source essentielle d’acides gras oméga-3. Plus de la moitié des participantes (= 29) ne consomment pas de vinaigrette ou de sauces contenant des huiles végétales crues riches en AGPI, comme l’huile de lin, l’huile de noix, l’huile de colza, qui pourraient améliorer leur apport en graisses saines. Le faible apport en AGPI peut également être lié à des préférences alimentaires qui favorisent les aliments riches en glucides ou ultra-transformés plutôt que les aliments complets comme les poissons et les noix, riches en AGPI. De nombreuses études ont identifié une association inverse entre la consommation d’acides gras polyinsaturés (AGPI) et le risque de surpoids ou d’obésité, [18] soulignant leurs bénéfices potentiels dans la réduction de l’inflammation, tant au niveau local, dans le tissu adipeux, qu’au niveau systémique, améliorant ainsi la santé métabolique. [19]

De plus, il a été démontré que les acides gras polyinsaturés (AGPI) réduisent la masse grasse et améliorent la sensibilité à l’insuline [20], tout en induisant des modifications épigénétiques [21].

Acides gras monoinsaturés (AGMI)

Les résultats de l’étude montrent que les participantes présentent des apports spontanés inférieurs aux niveaux recommandés en acides gras monoinsaturés (AGMI), avec une consommation moyenne de seulement 15,96 g/j (± 6,19). Près de deux tiers des participantes (= 29) a rapporté ne pas consommer de graisses crues, généralement présentes dans les vinaigrettes à base d’huile, telles que l’huile d’olive, l’huile de colza. De nombreuses participantes ont principalement utilisé de l’huile de tournesol pour la friture, laquelle contient généralement moins d’acides gras monoinsaturés (AGMI) par rapport aux huiles recommandées pour les vinaigrettes, comme l’huile d’olive ou l’huile d’avocat. De plus, plus de la moitié des participantes (= 22) a déclaré éviter d’autres sources alimentaires d’AGMI, telles que le fromage, les noix ou les graines (comme les amandes, les noisettes, les noix de macadamia et les pistaches), les avocats, les olives et les poissons gras (comme le saumon, le thon et les sardines).

Fibres

L’analyse révèle un apport en fibres préoccupant parmi les participantes, avec une consommation moyenne de seulement 14,95 g/j (± 5,88). Plusieurs facteurs contribuent à ce faible apport en fibres. Les participantes ont tendance à privilégier les aliments féculents tels que les légumes-racines et le riz au détriment de la consommation de légumes. La plupart des participantes (= 27) ne consomment généralement pas d’entrées (crudités) avant les plats principaux, ce qui restreint davantage leur consommation de fibres. De plus, de nombreuses participantes qui travaillent en dehors de leur domicile ou qui n’ont pas envie de cuisiner (= 22) optent souvent pour des options pratiques, comme des repas à emporter (sandwiches, bokits, plats préparés du commerce). Ces plats prêts à consommer ont tendance à contenir moins de légumes d’accompagnement ou de salades par rapport aux alternatives maison, contribuant aux carences en fibres observées.

Certaines participantes ont également signalé que les coupures d’eau locales récurrentes peuvent les dissuader de cuisiner des repas élaborés à domicile, les poussant à recourir davantage à des options de plats à emporter. [22]

De plus, certains légumes couramment rencontrés dans l’Hexagone et en Europe (comme la laitue, les tomates, les navets, le céleri, etc.) peuvent être difficiles à cultiver localement, entraînant des prix plus élevés et une dépendance accrue aux importations parce que la production locale à plus petite échelle ne parvient pas à satisfaire la demande. Le coût de la vie en Guadeloupe est plus élevé que dans l’Hexagone et qu’en Europe. [23]

Glucides complexes

Les résultats de l’étude révèlent que les participantes consomment parfois moins de glucides complexes que les niveaux recommandés par les directives diététiques de 198,50 g/j, avec une moyenne de 155,49 g/j (± 47,91). De nombreuses participantes ont précédemment suivi divers régimes alimentaires dont des régimes de perte de poids qui préconisaient la réduction de l’apport en glucides, en particulier les glucides complexes tels que le pain, les légumes-racines et le riz. Ces expériences passées ont probablement influencé leurs habitudes alimentaires actuelles, les amenant à limiter consciemment leur ration quotidienne de glucides complexes en un seul repas par jour (<19).

Glucides simples

L’étude indique une surconsommation de glucides simples chez les participantes, comme la saccharose, le fructose, le glucose, avec des niveaux d’apports spontanés moyens de 64,09 g/j (± 22,42), soit presque le double des apports recommandés par l’EFSA. Il est important de noter que plus de la moitié des participantes (= 25) remplaçaient souvent leur consommation d’eau minérale par des sodas et des jus de fruits industriels. Ce remplacement augmente non seulement leurs apports en sucres ajoutés, mais pose également un risque de déshydratation, car les calories liquides provenant de boissons sucrées ne peuvent pas étancher la soif aussi efficacement que l’eau, ce qui peut conduire à une consommation accrue de ces boissons sucrées. La prévalence des jus de fruits industriels, des thés sucrés, des yaourts brassés aux fruits, des desserts industriels, des boissons chocolatées et des cafés à base de poudres sucrées, ainsi qu’une préférence pour les pâtisseries, biscuits et autres collations sucrées, amplifie encore plus la consommation de glucides simples.

Plus des deux tiers des participantes (= 30) rapportent consommer des fruits tropicaux au petit-déjeuner et également en collation. Bien que les fruits apportent des sucres naturels, ils contribuent à l’apport total en glucides simples, en particulier lorsqu’ils sont combinés avec d’autres aliments sucrés.

Iode

L’étude révèle une déficience modérée en iode parmi les participantes, avec un apport moyen de seulement 46,87 µg/j (± 30,97), en deçà des minimums recommandés de 150 µg/j. L’une des raisons principales des faibles apports spontanés d’iode est leur consommation très limitée, voire inexistante, de produits de la mer, touchant une part significative d’entre elles (= 14). En plus des produits de la mer, le sel iodé constitue une autre source courante d’iode. Leur faible apport en iode peut également être corrélé aux faibles niveaux d’acides gras polyinsaturés (AGPI), comme mentionné précédemment.

L’insuffisance d’apport en iode est fortement corrélée au développement de l’hypothyroïdie primaire, dont la prévalence est plus élevée chez les personnes en situation d’obésité. L’hypothyroïdie est également associée à une diminution de la dépense énergétique au repos et de la thermogenèse, ce qui peut entraîner une prise de poids. [24] [25]

Potassium

L’analyse a révélé une carence en potassium parmi les participantes, indiquant une consommation insuffisante d’aliments riches en potassium, tels que les légumes et certains fruits. Les apports spontanés moyens de potassium étaient de 2273,04 mg/j (± 744,27), ce qui représente un déficit de 35,06 % par rapport aux recommandations de l’EFSA de 3500 mg/j. De tels niveaux insuffisants de potassium peuvent avoir des conséquences notables sur la santé, notamment en augmentant le risque d’hypertension et d’autres troubles cardiovasculaires. [26]

Calcium

L’analyse a révélé une carence en calcium parmi les participantes, indiquant une consommation insuffisante d’aliments riches en calcium, tels que produits laitiers (notamment les fromages), les aromates et les légumes à feuilles vertes. La consommation moyenne de calcium s’établissait à 515,19 mg/j (± 229,53), soit un déficit de 31,31 % par rapport aux recommandations de l’EFSA de 750 mg/j.

Magnésium

L’analyse a révélé une carence en magnésium parmi les participantes, montrant de faibles apports spontanés d’aliments riches en magnésium, tels que les noix, les graines, le chocolat noir à 70% et les légumes verts. Les participantes (= 2) ont rarement consommé du chocolat noir.

La consommation moyenne de magnésium s’élevait à 236,72 mg/j (± 92,29), soit un déficit de 21,09 % par rapport aux recommandations de l’EFSA de 300 mg/j.

Zinc

L’analyse a révélé une carence significative en zinc parmi les participantes. La consommation moyenne de zinc s’établissait à 6,95 mg/j (± 1,68), soit un déficit de 21,92 % par rapport aux recommandations de l’EFSA de 8,9 mg/j.

Vitamine D

L’étude révèle une carence préoccupante en vitamine D parmi les participantes. La majorité des participantes a rapporté consommer très peu d’aliments qui sont de bonnes sources de vitamine D comme les poissons gras (par ex. le saumon et le maquereau), les produits laitiers enrichis, les jaunes d’œufs et certains champignons.

Les apports spontanés moyens étaient de seulement 5.91 µg/j (± 6,84), ce qui est 60.59% inférieur aux apports recommandés de 15 µg/j.

Vitamine E

L’étude met en évidence une carence en vitamine E parmi les participantes, avec une faible consommation de noix (comme les amandes et les noisettes), de graines (comme les graines de tournesol), d’huiles végétales (telles que l’huile d’olive et l’huile de tournesol), ainsi que de légumes (comme les épinards et l’avocat).

Les apports spontanés de seulement 5,25 mg/j (± 2.89), ce qui est 52,28% inférieur aux niveaux recommandés établis (11 mg/j).

Conclusion

L’analyse de cet échantillon sert d’outil précieux pour tirer des conclusions sur la population spécifique de la région, particulièrement lorsque l’étude de l’ensemble de la population est impraticable ou impossible. Elle permet d’évaluer si les apports spontanés sont conformes aux recommandations ou si des ajustements s’avèrent nécessaires pour mieux répondre à l’avis scientifique de l’EFSA sur les valeurs de référence nutritionnelles. [27]

Le faible apport énergétique observé chez les participantes en situation de surpoids ou d’obésité s’explique principalement par des sauts de repas et une consommation alimentaire irrégulière, influencés par divers facteurs comportementaux, psychologiques et physiologiques qui ont conduit à une adaptation métabolique sous le niveau des besoins métaboliques de base.

Cette situation met en lumière l’interaction complexe entre habitudes alimentaires, adaptation métabolique et poids corporel, remettant en question l’idée que l’obésité résulte simplement d’une consommation excessive de calories. L’apport calorique peut paraître faible par rapport aux recommandations de l’EFSA si l’on ne prend pas en compte l’ adaptation métabolique due à des restrictions alimentaires prolongées (régimes, sauts de repas, jeûnes non supervisés), un mode de vie sédentaire, d’une faible masse musculaire (amyotrophie, sarcopénie) et des idées reçues sur la gestion du poids par la nutrition.

Cela peut ralentir le métabolisme, favorisant la stagnation du surpoids ou de l’obésité, voire entraîner une prise de poids, malgré une consommation réduite de calories. De plus, la transition nutritionnelle des participantes les a éloignées des pratiques alimentaires traditionnelles françaises, qui incluaient des repas structurés avec entrée de crudités, plat principal et dessert. A la place, elles ont adopté des comportements tels que sauter des repas et écarter des aliments à haute densité nutritionnelle, menant ainsi à la coexistence de l’obésité et de la sous-nutrition.

Par ailleurs, la faible consommation d’acides gras polyinsaturés (AGPI), la réduction des acides gras monoinsaturés (AGMI) et les faibles apports en glucides complexes, fibres, iode, potassium, calcium, zinc, vitamines E et D, par rapport aux recommandations de l’EFSA reflètent ces habitudes alimentaires inadéquates. Pour remédier à ces problèmes, il est nécessaire d’améliorer la qualité alimentaire, d’augmenter l’activité physique (notamment le renforcement musculaire) et de prendre en compte les facteurs psychologiques et physiopathologiques dans les stratégies de gestion du poids.

Mettre en place des interventions nutritionnelles ciblées, telles que l’éducation thérapeutique des patients (ETP), pourrait favoriser et promouvoir une assiette rééquilibrée et diversifiée avec des aliments à haute densité nutritionnelle, pour obtenir de meilleurs résultats sur la santé métabolique à long terme.

Déclaration d’auteurs

Sabine Hilliger, Diététicienne nutritionniste (Dt. P.), DE, et le Comité de Nutrition de Le Cercle Hilliger, ont réalisé l’analyse formelle, la méthodologie, l’administration du projet, la gestion du logiciel, la supervision et la rédaction de la version originale. Le Dr. Nicolas Randon, Médecin nutritionniste, et le Dr. Lucie Carlier, Médecin généraliste, ont examiné le manuscrit.

Le Comité de Nutrition a ensuite édité et publié la version finale.

Financement

Cette étude n’a bénéficié d’aucun financement spécifique provenant d’organismes du secteur public aux niveaux national, départemental ou communal, ni du secteur commercial. L’étude a pu être réalisée grâce au mécénat du Centre médical Fiona situé à Capesterre-Belle-Eau, Guadeloupe, France.

Conflits d’intérêts

Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt.

Limitations

Malgré la richesse des données fournies par cette étude, certaines limitations doivent être soulignées. Dans les données de l’étude actuelle, le pourcentage de participantes en situation de surpoids était de 17,5 %, tandis que le pourcentage de participantes en situation d’obésité était de 82,5 %. Cependant, cette répartition n’est pas considérée comme représentative de la population générale en raison du choix de genre de l’échantillon. Bien que l’accent mis sur les femmes adultes aide à comprendre ce groupe démographique spécifique, l’homogénéité en termes de genre pourrait limiter l’applicabilité des résultats.

Nous avons choisi de ne pas mentionner en détail les lipides totaux en raison de leur valeur-p de 0.063, indiquant que les différences observées ne sont pas statistiquement significatives. Nous n’avons pas inclus dans la discussion les acides gras saturés, les acides gras trans, ainsi que le cholestérol et le sodium car il serait inapproprié de recommander leur consommation aux personnes en situation d’obésité. Ces omissions sont principalement dues à des considérations méthodologiques pour assurer lque l’étude se concentre sur les éléments nutritionnels les plus pertinents et significatifs en termes de santé publique.

Des études antérieures suggèrent que les individus en surpoids ou en situation d’obésité ont tendance non seulement à sous-estimer leurs mesures anthropométriques, mais aussi à mal déclarer leurs apports alimentaires spontanés. [28] Pour cette raison, nous avons simplifié la démarche de collecte de données et mis en place une méthode standardisée et rigoureuse afin de minimiser les biais de déclaration, ainsi qu’une méthode statistique pour analyser les données de manière exhaustive et précise.

L’étude est centrée sur les carences plutôt que sur les excès, à l’exception notable des sucres simples, car les recommandations de l’EFSA ne fournissent pas la plupart des valeurs des niveaux maximaux tolérables des apports. Les quantités maximales des apports chroniques totaux de certains nutriments sont encore inconnues ou présentent une variabilité importante, ne fournissant pas des repères clairs pour l’évaluation des excès potentiels dans l’échantillon.

Enfin, la nature transversale de l’étude, menée à une période déterminée dans le temps plutôt que sur une période prolongée, permet d’observer des corrélations entre les apports en nutriments et l’obésité, mais cette méthodologie n’est pas suffisante pour inférer des relations de causalité.

Recherches Futures

Les recherches futures devraient viser à pallier les limitations de cette étude en menant des études longitudinales afin d’explorer la causalité entre l’apport en nutriments et l’obésité au fil du temps. Il serait pertinent d’examiner des tendances similaires dans différentes démographies, y compris chez les hommes ou les populations plus jeunes. De plus, il est crucial que les études futures établissent et harmonisent les seuils pour les niveaux maximaux tolérables des apports de l’ensemble des micronutriments. Cela permettrait de mieux comprendre les échantillons hétérogènes ou ceux présentant une variabilité importante, en fournissant des repères clairs pour l’évaluation d’éventuels excès.

Remerciements

Un grand merci pour la mise à disposition d’un espace de consultation au Centre Médical Fiona. Une sincère appréciation est également adressée aux médecins et praticiens : les Dr. T. Ducados-Contaret, A. Kerouedan, A. Sarip, S. de Thoury et S. Peter, F. Desbonnes ainsi qu’au Comité de nutrition de l’association Le Cercle Hilliger.

Remarques Finales

Les résultats de cette étude mettent en lumière l’importance cruciale de traiter les carences en nutriments chez les femmes en situation de surpoids et d’obésité en Guadeloupe. En attirant l’attention sur la corrélation entre la sous-nutrition et l’obésité, nous renforçons l’importance des stratégies de santé publique adaptées qui favorisent la sensibilisation sur la qualité nutritionnelle, en particulier dans le cadre de l’adaptation métabolique.

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